
Choisir le meilleur CMS multilingue
Clement Egger
En matière de gestion des langues, toutes les plateformes CMS ne sont pas égales, loin s’en faut. Si vous êtes à la recherche de la meilleure plateforme CMS multilingue par rapport à votre contexte et vos enjeux, voici une liste de points à considérer avant de faire votre choix final.
Dans cet article, nous apportons des éléments de réponses aux questions liées aux couches inférieures du CMS et à la manière dont les langues sont gérées au cœur du système dans un premier temps, puis à celles liées à la convivialité et aux outils auxquels vos utilisateurs doivent avoir accès pour travailler efficacement.
- Capacités de base et modèle de données -
Gestion granulaire des champs traduits et non traduits
Lors de la phase de modélisation, il est essentiel de pouvoir définir facilement les champs traduisibles (dont le contenu diffère d’une langue à l’autre) et les champs non traduisibles (dont les valeurs restent cohérentes dans toutes les langues).
Cette capacité permet d’économiser du temps et des efforts en éliminant la nécessité de dupliquer manuellement les informations partagées entre les langues. Par exemple, des éléments tels que les identifiants de produits, les numéros de références ou les termes universels n’ont souvent pas besoin d’être traduits, alors que les champs descriptifs, les mentions légales ou le contenu localisé doivent l’être. En fonction du contexte et des besoins, les images, les fichiers ou les liens doivent parfois être identiques d’une langue à l’autre, alors qu’il est parfois impératif qu’ils puissent varier. Il faut savoir que tous les systèmes de gestion de contenu ne gèrent pas parfaitement la déclaration de l’internationalisation ou de la non-internationalisation des actifs.
Un CMS bien conçu devrait fournir des outils intuitifs pour cette différenciation, garantissant un flux de travail plus efficace et réduisant le risque d’erreurs lors de la gestion du contenu multilingue.

Synchroniser la structure du site et le contenu des pages d’une langue à l’autre
Il est essentiel de maintenir la cohérence entre les différentes versions linguistiques d’un site web pour éviter la désynchronisation et la publication d’informations contradictoires. Pour ce faire, votre système de gestion de contenu doit prendre en charge les langues obligatoires en plus des champs obligatoires. Lorsqu’une langue est marquée comme obligatoire, le contenu ou les pages ne peuvent être publiés que si les traductions pour ces langues obligatoires sont terminées.
Cette fonctionnalité est particulièrement importante pour les organisations soumises à des exigences réglementaires strictes, telles que les banques, les compagnies d’assurance ou les sociétés cotées en bourse. Elle peut également aider les organisations à répondre à des exigences locales de mise à disposition de certaines informations en plusieurs langues.
Garder de la flexibilité est malgré tout tout aussi important. Dans certains cas, il peut être nécessaire d’avancer sur des contenus dans une langue sans attendre les traductions dans d’autres - ou de publier des informations spécifiques dans une seule langue, sans jamais les traduire. Par exemple, des informations supplémentaires peuvent être nécessaires pour une région particulière en raison de mandats légaux (par exemple, des avertissements, des clauses de non-responsabilité ou des détails sur les ingrédients) ou d’attentes culturelles (par exemple, un contenu adapté aux intérêts locaux qui n’est pas pertinent ailleurs).
Les CMS Enterprise tels que Jahia peuvent gérer les deux approches : s’adapter aux obligations linguistiques strictes et/ou aux variations linguistiques, en fonction des besoins exprimés par le propriétaire du site. Ce niveau de granularité n’est pas universel : il vaut la peine de vérifier, plateforme par plateforme, si les deux peuvent coexister.
Gérer le cycle de vie de chaque langue
Toutes les plateformes ne séparent pas la création d’une langue de son activation. Demandez si une langue peut exister pour les rédacteurs avant d’être visible par les visiteurs. Dans la plupart des systèmes, dès qu’une langue est ajoutée, elle devient immédiatement disponible sur le site web, même si aucune traduction n’a encore été réalisée ou saisie.
Au mieux, certaines plateformes CMS mettent en œuvre un mécanisme de repli : si une page n’est pas disponible dans une langue spécifique, le système propose automatiquement la version linguistique par défaut de la page. Bien qu’il s’agisse d’une solution provisoire, elle conduit souvent à une expérience de navigation confuse pour les visiteurs et peut compromettre la clarté du contenu.
Dès sa création, Jahia a abordé ce problème en découplant la création et l’activation des langues. Lorsqu’une langue est créée, elle devient accessible aux éditeurs et aux traducteurs pour préparation, mais reste invisible pour les visiteurs du site. L’activation n’a lieu que lorsque le niveau de traduction est jugé satisfaisant, et la langue est alors mise à la disposition du public.
En outre, Jahia permet de désactiver les langues à tout moment, ce qui les rend inaccessibles aux visiteurs sans perdre leur contenu. Cette capacité est inestimable pour les organisations qui ont besoin de revoir ou de réviser une langue ultérieurement, ou de conserver des enregistrements à des fins juridiques ou d’audit.
Les plateformes traitent la suppression d’une langue différemment, y compris dans des cas où le contenu associé est supprimé. Demandez ce qu’il advient des contenus existants lorsqu’une langue est désactivée ou supprimée.
L’approche hybride de Jahia garantit à la fois la flexibilité et la conformité, en offrant un contrôle précis sur le cycle de vie multilingue d’un site web.

Gestion des langues par site plutôt qu’au niveau de la plateforme
Il est important que votre CMS permette la gestion des langues au niveau du site plutôt qu’au niveau de la plateforme globale. Sur une plateforme multisite unique, un site peut n’être disponible qu’en deux langues, tandis qu’un autre peut proposer quatre langues, et un autre encore sept, chacun avec une langue par défaut différente. La gestion au niveau du site permet de répondre à diverses exigences fonctionnelles tout en évitant une complexité inutile pour la plateforme.
Gestion des droits basée sur la langue
La gestion des droits et des autorisations est certainement l’un des aspects sur lesquels les plateformes CMS diffèrent le plus les unes des autres.
- Certaines plateformes CMS adoptent une approche basée sur les fonctionnalités : l’utilisateur a le droit de modifier ou non, de supprimer ou non, de publier ou non, en tenant compte ou non de la langue.
- D’autres gèrent encore les autorisations en fonction du type de contenu : un utilisateur peut créer, mettre à jour, supprimer un contenu "actualités", mais pas un contenu "communiqué de presse", quelle que soit la langue.
- D’autres encore gèrent les droits plus finement, avec des différences de droits à l’échelle des pages, voire des composants : si un utilisateur a le droit de modifier un élément de contenu, il a généralement le droit de le modifier dans toutes les langues.
Toutefois, pour répondre aux besoins des grandes organisations, une approche plus granulaire est souvent nécessaire, voire essentielle. Un bon système de gestion de contenu multilingue doit pouvoir définir les autorisations non seulement en fonction du contenu (ou de la hiérarchie du contenu), mais aussi en fonction de la langue et des fonctionnalités.
Avec ce niveau de granularité, il est possible de définir des rôles avec des autorisations claires et strictement limitées, adaptées aux besoins des différentes parties prenantes. Par exemple, dans Jahia, le rôle d’un traducteur n’est pas strictement le même que celui d’un éditeur. Un traducteur standard ne peut que traduire du contenu, et non créer du nouveau contenu ou supprimer du contenu existant. En outre, il devrait être possible de définir qu’un utilisateur ayant le rôle de traducteur est un traducteur pour certaines langues, mais pas pour d’autres. Cela offre une meilleure sécurité (surtout si les traductions sont externalisées, comme c’est souvent le cas) et permet de maintenir des interfaces plus propres et plus conviviales.
- Outils et facilité d’utilisation -
Votre CMS prend-il en charge toutes les langues dont vous avez besoin ?
À première vue, cette question peut sembler étrange : après tout, un CMS digne de ce nom n’est-il pas censé gérer plusieurs langues ? Cependant, cette question est cruciale pour deux raisons essentielles :
- Les performances : Le nombre de langues peut avoir un impact significatif sur les performances du système, en fonction du modèle de données sous-jacent. Ne prenez pas les affirmations pour argent comptant : demandez des preuves telles que des tests de performance ou des retours d’expérience de clients existants.
- La facilité d’utilisation : La conception d’interfaces pour 2, 3 ou même 4 langues est relativement simple, car il y a généralement assez d’espace pour afficher les codes ou les drapeaux des langues. Les puristes s’opposent toutefois à l’utilisation de drapeaux comme indicateurs de langue, mais il s’agit là d’un autre sujet de discussion.
Si votre équipe doit gérer plus de quatre langues, il est essentiel d’évaluer minutieusement si les interfaces peuvent évoluer efficacement et rester conviviales. La gestion d’un grand nombre de langues nécessite un système bien conçu pour éviter le désordre et la confusion.
Par exemple, le Parlement européen gère des contenus dans plus de 20 langues avec Jahia depuis plus de 15 ans. Dans une institution qui travaille dans de nombreuses langues à la fois, la conception de l’interface d’édition cesse d’être un détail et devient un critère de choix.
Traductions côte à côte
La plupart des plateformes CMS permettent aux utilisateurs de passer d’une langue à l’autre relativement facilement. Cependant, cela a souvent un coût : le rédacteur ou le traducteur perd la visibilité immédiate de la langue d’origine. Cela peut entraîner des pertes de temps et des efforts considérables pour passer d’une langue à l’autre, et augmenter le risque d’erreurs.
Une interface de traduction à double volet est une fonctionnalité essentielle pour gérer efficacement des sites multilingues, à moins que vous ne prévoyiez de gérer toutes les traductions en dehors du CMS. Grâce à la traduction côte à côte, les rédacteurs peuvent comparer et modifier le contenu dans plusieurs langues simultanément, ce qui garantit la cohérence et réduit le risque d’erreurs.


Échange transparent de contenu entre les langues
Pour les rédacteurs et les traducteurs, il est essentiel de pouvoir copier sans effort le contenu d’une langue à l’autre. Un système rationalisé doit permettre de transférer du contenu en un seul clic, que ce soit en mode "push" (copie du contenu de la langue actuelle vers une autre) ou en mode "pull" (récupération du contenu d’une autre langue dans la langue actuelle).
Cette fonctionnalité doit être accessible sans qu’il soit nécessaire de changer d’écran ou d’effectuer des actions complexes, ce qui permet d’améliorer l’efficacité du flux de travail et de réduire le risque d’erreurs. Un système de gestion de contenu (CMS) qui prend en charge l’échange de contenu en toute transparence garantit que votre site multilingue reste cohérent et facile à gérer.


Traductions semi-automatiques et automatiques
Qu’il s’agisse d’un système de traduction externe avec des traducteurs humains, d’une solution entièrement automatisée comme Google Translate ou DeepL, ou même d’un grand modèle linguistique (LLM), il existe de nombreuses options pour gérer de gros volumes de traductions, générer rapidement une première version (souvent littérale et imparfaite) ou produire une version de meilleure qualité prête à être publiée.
Un bon CMS multilingue doit permettre l’intégration avec ces systèmes externes, ce qui permet d’envoyer et de récupérer des traductions dans n’importe quelle langue sans quitter l’outil, et donc de gagner un temps précieux. Jahia propose des intégrations de traduction prêtes à l’emploi ainsi que des API qui permettent de connecter d’autres services de traduction.

Découvrez l’intégration de DeepL dans Jahia
Questions fréquentes sur le CMS multilingue
Qu’est-ce qu’un CMS multilingue ?
Un CMS multilingue est un système de gestion de contenu capable de gérer plusieurs versions linguistiques d’un même site depuis une seule installation. Il distingue ce qui se traduit de ce qui reste partagé entre les langues, il permet de publier, de désactiver et de versionner chaque langue séparément, et il attribue des droits d’édition langue par langue.
Comment choisir un CMS multilingue ?
Neuf critères séparent une plateforme d’une autre, et ils ne se valent pas dans le temps. Quatre touchent au modèle de contenu et à l’architecture des langues : ils sont difficiles et coûteux à reprendre une fois le site construit. Les cinq autres concernent les outils du quotidien des rédacteurs, des traducteurs et des administrateurs. Classez-les selon vos propres contraintes avant de comparer des produits.
Quelle différence entre un champ traduit et un champ partagé ?
Un champ partagé porte une seule valeur pour toutes les langues : une référence produit ou un prix se saisit une fois. Un champ traduit porte une valeur par langue. La question à poser à un éditeur est de savoir si cette déclaration se fait champ par champ, et ce qu’il advient des images, des fichiers et des liens, que certaines plateformes ne traitent pas de la même façon.
Peut-on publier un site dans une langue avant les autres ?
Cela dépend de la plateforme. Toutes ne séparent pas la création d’une langue de son activation : dans beaucoup de systèmes, une langue ajoutée devient immédiatement visible, même sans traduction. Demandez si une langue peut exister pour les rédacteurs avant d’être visible par les visiteurs, et ce qu’il advient des contenus lorsqu’on la désactive.
Comment gérer les droits par langue dans un CMS ?
Beaucoup de plateformes attribuent les droits par fonctionnalité ou par type de contenu, sans considérer la langue : qui peut modifier un contenu peut généralement le modifier dans toutes les langues. Une gestion plus fine combine le contenu, la fonctionnalité et la langue. Elle permet par exemple qu’un traducteur externe n’intervienne que sur sa langue, ce qui compte quand les traductions sont externalisées.
Un CMS peut-il gérer plusieurs sites avec des langues différentes ?
Oui si la gestion des langues se règle au niveau du site et non de la plateforme entière. Un site France en français et anglais, un site suisse en français, allemand et italien, un site canadien en anglais et français peuvent alors cohabiter sur la même installation, chacun avec sa langue par défaut.
Conclusion
Le choix d’un CMS Enterprise est compliqué, et de nombreux facteurs sont à prendre en compte. Parmi ces facteurs, les capacités de gestion multi-langues doivent être évaluées prioritairement si cette dimension est un enjeu pour votre organisation. La façon dont les langues sont gérées donne une bonne idée à la fois de la façon dont le modèle de contenu est conçu, et de la robustesse et la fiabilité du CMS.
Comme la gestion de plusieurs langues est souvent compliquée et sujette à des erreurs, ce qui peut nuire à la vélocité de votre équipe ou à votre image de marque, ne vous fiez pas aux démonstrations de vente, mais demandez à parler à des clients existants pour obtenir leur retour d’experience.
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